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Mon billet
La ville de Los Santos vue de loin, au coucher du soleil

B1Lore et histoire

Univers

Les prairies d’un autre siècle, une compagnie aérienne qui ne s’excuse pas, et une chèvre. Bienvenue dans les Vegas.

Chapitre 1

Pourquoi « Vegas », à Los Santos

Non, personne ne s’est trompé de destination.

En espagnol, une vega est une plaine fertile au bord de l’eau. Quand les premiers arrivants ont dressé leurs barrières dans la vallée, ils ont donné ce nom aux terres basses qui s’étendaient au sud de la ville, entre la mer et les collines : las Vegas de Los Santos, les prairies des Saints. On y faisait pousser des agrumes, on y menait des bêtes, et le soir, l’air sentait le fumier et l’oranger.

Les prairies ont disparu sous le béton, comme toutes les prairies. Le mot est resté. Dans la bouche des anciens, « les Vegas » désigne encore ce grand plat au sud, où l’on a fini par poser un aéroport. Et « la vie aux Vegas », c’est ce qu’on promettait à ceux qui descendaient d’un avion avec une valise : une vie neuve, sur une terre qu’on avait d’abord aplanie.

Voilà d’où vient VegasLife. Aucun rapport avec le Nevada, même si la ressemblance a toujours arrangé les affaires de ceux qui vendent des billets.

Une plage bordée de palmiers au crépuscule

Chapitre 2

La compagnie VL

La compagnie doit son sigle à une petite affaire familiale : Vegas Lignes, fondée après-guerre par une pilote agricole, Inès Valcourt, qui épandait sur les vergers avant d’embarquer ses premiers passagers sur des sièges en toile. Elle aimait répéter qu’un avion n’est qu’une chaise qui a de l’ambition.

Quand les vergers ont cédé la place aux hangars, Vegas Lignes a racheté des appareils de seconde main et ouvert une ligne régulière. Sur les billets, on a imprimé en anglais, pour faire américain : Vegas Life. Fly in. Le slogan a survécu à tout, y compris à la compagnie, qu’on appelle aujourd’hui simplement VL.

On dit que VL ne s’est jamais posée en retard par sa faute. On dit aussi que les comptes de la compagnie n’ont jamais été parfaitement clairs. Les deux affirmations ont leurs défenseurs au comptoir.

Chapitre 3

Le vol 702

Le VL 702 est la dernière rotation de la journée, celle du soleil couchant. Longtemps connue pour ses cabines à moitié vides et pour ses passagers qui n’ont pas pris de billet retour, elle retrouve depuis peu ses habitués.

Personne ne sait vraiment pourquoi 702. La version officielle parle d’un numéro de plan de vol. Les hôtesses te diront que c’est le nombre de passagers qui, un soir de tempête, ont refusé de descendre, et que tous ont fini par être débarqués à l’aube sans un mot.

Ce qui est sûr : tu arriveras par là.

Un avion en approche au-dessus de la baie

Chapitre 4

La ville

Los Santos, vue de haut, c’est d’abord une grande lumière. Vue d’en bas, c’est plus compliqué.

Le front de mer, où les planches craquent sous les rollers et où l’on vend la même glace depuis soixante ans. On y vient pour être regardé.

Les hauteurs, sur lesquelles les maisons se cachent derrière leurs haies. Le silence y est très cher.

Le centre, ses tours de verre et ses cafés ouverts à minuit pour ceux qui n’ont plus de bureau où aller.

Le sud, les maisons basses, les barbecues, les voitures qu’on répare devant le perron. C’est là qu’on sait vraiment ce qui s’est passé hier.

Le port, ses grues et ses conteneurs. On y travaille beaucoup, on y pose peu de questions.

Le grand nord, passé le lac, où la route devient ligne droite et où les gens viennent quand ils veulent qu’on les oublie.

Des tours de verre vues d’en bas, éclairées par le couchant

Chapitre 5

Une ambiance, plus qu’une liste

À VegasLife, il est dix-huit heures trente pour quiconque arrive. Le soleil est bas, le terminal bourdonne, et tu tiens un passeport tamponné de frais. Tout le reste est à écrire : qui tu fuis, ce que tu cherches, à qui tu vas devoir quelque chose avant la fin de la semaine.

La ville n’a pas besoin de héros. Elle a besoin de voisins, de menteurs convaincants, de gens qui tiennent leur parole et de quelques-uns qui ne la tiennent pas.

La ville s’étend vers l’horizon à la tombée du jour

Chapitre 6

Premières pages

Extrait des « Chroniques de la plaine », bulletin de la société historique du comté, numéro non daté.

Les anciens du comté racontent que le premier appareil de la compagnie Valcourt se posa sur un chemin de ferme, entre deux rangées d’orangers, avec à son bord une pilote, un sac de courrier et une chèvre dont personne n’a jamais su expliquer la présence.

Le fermier qui prêta son champ réclama un loyer. La compagnie lui offrit des billets gratuits à vie, et il ne quitta jamais le comté.

On raconte encore que ses billets sont dans une boîte, quelque part sous le terminal. On raconte aussi qu’ils sont toujours valables.